Hier, aujourd’hui… demain (Suite fortuite)

Hier, j’ai écrit un texte que j’ai brûlé ce matin car hier, j’ai décidé qu’il était temps de réagir ; mais je ne vais pas vous mentir, mes premiers mots n’étaient que colère. Colère contre un tas de chose, contre tout et n’importe quoi, contre tout et n’importe qui. L’attente que je croyais bénéfique à une expression plus clairvoyante, ne faisait en fait que nourrir toutes les indignations que je ressentais.

Cette attente ne fut pas passive non, car toute la semaine, j’ai écouté et j’ai lu. J’ai écouté et j’ai lu tous les politiciens français de Mélenchon à Le Pen, de Sarkozy à De Villepin ; les politiciens étrangers de Merkel à Poutine en passant par Barack et Bachar. J’ai écouté et j’ai lu des philosophes, plus ou moins extrêmes, plus ou moins pédagogues, plus ou moins pertinents, de Houellebecq à Onfray en passant par Tariq Ramadan. J’ai écouté et j’ai lu des artistes de toute sorte, de Youssoupha à Hazanavicius, de Madonna à Balotelli. J’ai écouté et j’ai lu des spécialistes des services secrets, des spécialistes des services antiterroristes, des spécialistes du Raid, des spécialistes du Zgeg. J’ai écouté et j’ai lu des amis à moi. Je vous ai écoutés ; je vous ai lus. A la télé, à la radio, dans les journaux et bien évidemment sur les réseaux sociaux.

Des articles et des commentaires. Des statuts, des textes, des dessins. Le « Je partage donc je suis » de Facebook n’a jamais été aussi vrai. Il a même évolué en je partage donc je suis touché, plus touché que les autres ; je partage car je sais ce qu’il faut faire, ce qu’il faut dire. Beaucoup de « il faut » et de « il faudrait ». De « il aurait fallu » et de « il faudra ». Le verbe falloir conjugué à tous les temps.

Dans ce texte que j’ai écrit hier donc, j’évoquais un certain égocentrisme dans l’appropriation des faits, un certain manque de timing dans la publication de photos de joie, une certaine curiosité morbide dans la recherche d’images choquantes, une certaine façon étrange, presque solennelle, que chacun a eu de s’adresser au monde entier. Des envies de discours quasi présidentiels ou d’envolées lyriques touchantes. Des envies de faire mieux, ou du moins plus, qu’au mois de janvier. « Car en janvier, les victimes c’était les autres, et aujourd’hui c’est nous tous. Plus des journalistes un peu trop couillus, plus des policiers au mauvais karma ou plus des juifs un peu coupables, non, nous tous ! »

L’heure pour beaucoup n’était donc plus à la lecture et la constatation lointaine comme il y a quelques mois, mais à l’écriture impliquée et à l’action directe. Adoucir notre impuissance en agissant avec nos armes. Pourquoi pas ? Et ceux qui n’ont pas d’armes communicationnelles s’en improvisent. Pourquoi pas… Peut-être une action vaine mais une action. Symptomatique en tout cas d’une envie de mouvement, d’évolution et d’agissements. Et plus qu’un symptôme, un élan qui semble avoir embarqué avec lui le monde entier.

Alors finalement non, je ne m’énerverai pas. Car cette colère contre la sur-expression un peu maladroite serait mal venue. J’ai pris l’habitude, personnelle, de répondre au bruit par le silence pudique et j’espérais laisser aux vraies victimes ce qui leur appartient : le deuil réel d’avoir perdu une personne chère, et pas celui, plus éphémère, de la mise entre parenthèse d’une tranquillité tant recherchée. Mais je constate que l’attitude générale aura été de répondre au bruit par le bruit démonstratif. Suffisamment pour couvrir l’horreur qui nous accable, pour couvrir les balles et les cris. Qu’importent les courses aux likes, conscientes ou inconscientes. Qu’importe cette ouverture oculaire tardive qui n’intervient que lorsque les coups de feu ne retentissent pas au Cambodge mais au Petit Cambodge. Qu’importe ce quelque chose de malsain, presque –excusez l’expression- « hype », dans le fait qu’il fallait connaître quelqu’un au bataclan.

Oublions ensemble le bousculement de ce confort qu’on pensait acquis. Quoi écrire et quoi dire ? A la limite peu importe. Écrire et dire. Tenter des choses. S’insurger. Partager sa localisation au moment des faits. Dire son soutien aux familles. Rappeler aux siens qu’on les aime. Crier sa haine. Pointer du doigt ce qui ne va pas. Entre dramatisation pour certains et relativisation pour d’autres. Évoquer des solutions. Participer à l’information de tous en évitant le piège de boire à toutes les sources. Répéter qu’il faut continuer de vivre jusqu’à s’en convaincre. Et de rêver, sans fermer les yeux sur ce qu’il se passe, mais rêver encore et toujours. Et essayer d’élever l’esprit, toujours plus aussi. De tenter de comprendre mais sans jamais s’ériger en donneur de leçons. Passer plus de temps à appliquer au quotidien ce que l’on conseille aux autres à l’écrit.

Et la culture bordel !

Car c’est dans la culture que nous trouverons la force de pardonner au monde ses injustices. Car tout n’est que réponse à l’injustice, réaction à l’injustice ; l’injustice et ce qu’elle entraine : la colère, la haine, le sentiment d’impuissance. Et c’est par la culture que nous trouverons la force de combattre ces sentiments, et la force de continuer à croire. Car oui, je suis croyant, et polythéiste de surcroit : je crois en Renaud, Jacques Prévert et Jean-Paul Belmondo. Je crois en Wong-Kar Wai, Zinedine Zidane et Victor Hugo. Je crois en toutes ces déclarations d’amour à la vie à travers une phrase, une mélodie, un regard ou un contrôle de balle.

Car chaque fois que la barbarie frappera l’humanité, il nous restera ça. Chaque fois que des gens tomberont, il nous restera ça. La musique, la littérature, la peinture, le cinéma… tous les arts réunis en un. Et à l’instar d’Amélie Poulain, le monde tient son fabuleux destin : Aider et être aidé. Aimer et être aimé.

S.B.

Bonus :

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