Lettre ouverte aux parents d’enfants turbulents (Partie I)

Photo : Robert Doisneau, information scolaire (1956)

Si vous avez un jour assis votre enfant dans le salon afin de le questionner sur son attitude et de percer enfin le mystère, tel Indiana Jones à la recherche de l’arche perdue, cette lettre est pour vous. Mais remettons nous dans le contexte…

Un soir votre enfant est rentré de l’école. Il repoussait l’échéance, cherchait des failles, des stratagèmes, mais non cette fois il devra vous affronter. La tête baissée, l’effronté se présente face à vous et tend son carnet de correspondance déjà bien rempli. Quelques mots, un lieu, une heure et une signature : le professeur principal veut vous voir au plus vite. Frayeur. Jusqu’à présent de simples remarques avaient ponctué le parcours de votre enfant mais cette fois ça semble… plus grave que prévu.

La rencontre a lieu et vos craintes sont confirmées : votre enfant est diagnostiqué « turbulent ». Tout se précipite dans votre tête. Journal de 20h, Claire Chazal toujours aussi élégante annonce les gros titres et le visage de votre fils apparaît en fond : « Faits-divers : un professeur poignardé » ; « Il se prostitue pour pouvoir acheter sa dose quotidienne » ou encore soyons fous « ces jeunes qui font le Djihad ». Un passant donne son avis : « Moi j’vous dis c’est l’éducation. Faudrait enfermer les parents d’ces gosses. C’est eux les fautifs ! »

Non, vous n’irez pas en prison ! Votre enfant est sur une mauvaise route c’est sûr. Mais vous ne le laisserez pas gâcher son futur – et le vôtre ! Les points vont être mis sur les i voire dans sa gueule s’il le faut ; après tout, la fessée n’est pas encore illégale. Cet enfant vous l’avez trop aimé, trop choyé et voilà le résultat. Dans la voiture, un silence agité qui en dit long. Les pensées sont si fortes qu’on en entend presque le contenu. Le faux-calme avant la vraie-tempête.

Vous rentrez de la réunion. Le couple parental est au complet. Voici le temps des interdictions et des réprimandes. LUI : Tu n’auras jamais ton bac et tu finiras clochard. ELLE : C’est pour toi qu’on dit ça, nous ça y est notre vie elle est réussie. LUI : J’espère que t’as bien profité de ta console car c’était la dernière fois que tu la voyais. ELLE : On a honte. LUI : P’tit con. Fin de citation. Un mélange de fine psychologie, de poésie contemporaine et de clairvoyance. Votre enfant tente de se défendre ? L’insolent ! Mais le combat est inégal. D’ailleurs ça n’est pas un combat, ni même une confrontation. Disons plutôt… une exécution. Premier claquement de porte. Il finit dans sa chambre avec un sentiment d’injustice pendant que vous remettez en question votre éducation. Le couple s’engueule. Vous n’aviez pas besoin de ça. Deuxième claquement de porte.

Le cercle est vicieux. Plus il est engueulé plus il réagira mal ; plus il réagira mal plus il sera engueulé ; et irrémédiablement, le lendemain en cours, il regardera ce professeur qui s’est adressé à vous, avec une haine encore plus grande et tentera de lui faire payer avec toujours plus de… turbulence.

A suivre…

S.B.

Lire la partie 2 : http://wp.me/p6fyF9-1h


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