Lettre ouverte aux parents d’enfants turbulents (Partie V)

Photo : Anonyme

Voilà chers parents, le quotidien de cet animal qui vit chez vous. Et voilà la source du décalage. Votre enfant vit dans un autre monde que le votre. Il n’a pas les mêmes préoccupations ; ni les mêmes envies, ou les mêmes intérêts ; ni les mêmes obsessions, les mêmes bonheurs, ou les mêmes hontes, et espère une chose… pas le même futur ! Votre enfant est loin. Plus loin que la distance qui vous sépare comme dirait Serge Reggiani. Il vit au côté de ses camarades sur une île appelée quelque part « Le pays imaginaire ».

Et vous chers parents, vous êtes le Peter Pan de Steven Spielberg qui a oublié son passé ; celui qui a grandit – pour ne pas dire vieilli – effaçant de sa mémoire l’enfant qu’il était pour s’affairer à ses responsabilités. Oui, vous êtes Robin Williams au début de Hook et au fond de vous, vous attendez votre fée clochette. Celle qui viendra vous rappeler les combats que vous meniez, les principes que vous aviez. Et les ambitions aussi.

Oui, le pire dans cette histoire ce n’est pas que votre enfant soit turbulent, mais que vous étiez pareil à son âge et que vous l’avez oublié, atténué ou même altéré avec le temps. « Oh à notre époque les profs étaient plus stricts, ça mouftait pas ! » que vous vous dites ?! Ce n’est pas ce que racontent vos parents à vous. Je leur ai parlé moi et ils m’ont dit ! Ils ont une bonne mémoire les parents quand il s’agit des conneries de leurs enfants ; ce jour ci vous aviez fait ci, ce jour là vous aviez fait ça.

Peut-être bien que la turbulence est héréditaire finalement mais que certains ont la mémoire courte… Ah vous ne voulez pas qu’ils fassent comme vous ? Alors vous faites comme vos parents ; les pieds bien sur Terre pour éviter de rêver, quitte à les enfoncer dans le bitume et risquer l’enracinement ; leur apprendre la réalité de la vie en leur en montrant la noirceur. Leur communiquer votre réalité, vos normes, vos peurs ; même celles auxquelles ils n’auraient pas songées. Et comme la vie est bien faite, ces mêmes enfants, turbulents aujourd’hui, perpétueront les traditions et répéteront aux leurs, comment il faut ne plus sourire, comment il faut subir ses peurs… Et de génération en génération, on retrouvera, des enfants qui ne comprennent pas leurs parents avant de devenir des parents qui ne comprennent pas leurs enfants. Mais si à l’inverse, ce soir, vous étiez ce parent qui change la donne. Celui qui comprend qu’avant tout, les enfants turbulents sont des incompris ; qu’ils ne parlent pas la même langue. Vous aviez votre argot, et c’était « bat » ; ils ont le leur. Chacun son bail…

Vos pressions ils n’en savent rien. Vos obligations ils s’en tamponnent. Merde quoi, qu’est ce qu’on sait à 17 ans ? Vous l’avez oublié ? C’est à se demander si vous l’avez seulement su ! Comment peut-on à ce point ne pas se souvenir de ce que l’on aimait enfant et de ce que l’on haïssait. Prenez le temps avant de le dévisager, prenez le temps de vous souvenir : de ce match de foot où vous aviez inscrit un triplé, de ce chat perché où vous aviez effleuré ses cheveux, de cet avion en papier qui a malencontreusement fini dans le dos du professeur et bien sûr, vous aviez utilisé une copie à votre nom pour le faire. Et l’importance majeure des plaisirs simples ; de son regard à elle, de son sourire et de son rire. Et ces matins d’hiver, obligés, l’esprit encore endormi, d’allumer la lumière car il fait encore nuit dehors, en se demandant comment diable est fait ce monde. Qui a décidé qu’un enfant devait vivre cela ? Qui a décidé qu’il devait passer de longues heures assis sur une chaise chaque jour ? Sûrement la même personne qui a oublié qu’entre l’âge où on apprend à écrire et celui où on décide de son futur, il n’y a même pas 10 ans.

Et, si le problème n’était pas l’immaturité de ces enfants, mais plutôt le fait qu’on leur demande de ne plus l’être. Toute cette attente disproportionnée. « Ne sois plus immature, grandis ! Viens dans notre monde, on s’y fait drôlement chier. »

Mais en quoi ordonner de grandir à un enfant, ne serait pas aussi absurde que de demander de se calmer à une personne stressée ?

Cet enfant qui, à 17 ans, a déjà du mal à savoir qui il est, doit en plus décider de qui il sera, de son avenir ; lui qui donnerait tout pour simplement être le meilleur à FIFA et pour arracher un regard à cette fille là ; lui qui parle de son futur comme d’une galaxie lointaine, très lointaine, demandez lui de grandir et de décider. Et affirmez-moi que le système est bien fait quand il oblige à choisir le métier que l’on veut exercer toute sa vie, sans jamais l’avoir testé et, en n’en connaissant que l’image renvoyée par tel ou tel référant que l’on a en nous ; on se lance dans des études plus ou moins longues sans aucune certitude qu’à la clé, exercer ce métier nous épanouira.

Si l’on a une passion, c’est forcément une voie sans avenir, un domaine compliqué où les places se font rares. Et si l’on n’a pas de passion alors on tire au sort. Les conseillers d’orientation sont des clowns dont la vocation n’était pas de se retrouver face à un gamin qu’ils considèrent sans avenir ; et vous, parents, vous voulez le meilleur pour votre enfant. La passion et l’épanouissement personnel c’est sympa, l’argent c’est mieux.

Pour vous c’est bien simple de parler, vous êtes ancrés dans la vie. Oui, vous vous battez pour nourrir des p’tits cons qui cachent les yeux que vous leur avez donné derrière des mèches huileuses. Oui, vous savez comme c’est dur de trouver un travail et de le garder. Mais eux, ils n’en savent rien. Essayez de le comprendre en vous rappelant qui vous étiez à son âge. Essayez ainsi de comprendre qu’il ne peut pas être vous à votre âge. Qu’il ne peut pas penser à ses futurs enfants et à son futur appartement. Il ne peut pas penser à son avenir autrement qu’en rêvant. Et il ne doit pas.

Laissez-le rêver, laissez-le espérer, laissez-le se battre. Laissez-le tomber et se relever. N’éteignez pas sa flamme. Aidez le à l’entretenir. Aidez-le à choisir. Pour lui, pas pour vous. Ne le nourrissez pas de vos frustrations ni de vos propres rêves. Les combats que vous avez menés ne sont pas les siens. Donnez-lui confiance. En lui et en la possibilité d’un futur attrayant. Aidez-le à comprendre. A se comprendre. A trouver un but. Un objectif. Une cible à viser. La voilà la clé.

Et rappelez-vous ce que vous auriez aimé entendre à 17 ans. Rappelez-vous de cette flamme qui brulait en vous. Rappelez-vous, regardez votre enfant dans les yeux et dites-lui !

« N’oublie pas. Toi, qui était convoqué dans ce bureau. N’oublie pas pourquoi tu es là. N’oublie pas cette flamme et ne laisse personne l’éteindre. Bats-toi pour l’entretenir. Bats-toi pour qu’elle grandisse. Bats-toi pour qu’elle emporte tout sur son passage. Ne laisse personne te dire ce que tu dois faire. Ni un prof, ni moi. »

Maint’nant écartez-vous du passage ; laissez passer les enfants pas sages.

FIN

S.B.


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